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Bibliothèque / Lundi 18 juillet

 

La chronique du COREVIH-Bretagne,
financée à 100% par l'état français, avec des
vrais morceaux d'argent public dedans !

Dr Cédric Arvieux - COREVIH Bretagne


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Lundi 18 juillet

Bon, une très grosse demi-journée de perdue suite une agression – couteaux et barre de fer, on ne mégote pas avec la technique en Afrique du Sud – en venant au congrès ce matin ; j’ai réussi à sauver les deux ordinateurs qui me servent à la rédaction des chroniques mais pas l’iPhone du COREVIH (lecteurs assidus, rassurez-vous, ce n’est pas un appel au don) et le peu de liquide que j’avais sur moi.
Pour marquer l’inauguration du congrès, le New England Journal of Medicine publie ce jour les données à long terme de l’essai HPTN-052 concernant la partie "transmission" (l'essai HPTN 052 s'intéressait également au bénéfice individuel d'un traitement assez  précoce, mais depuis les essais START et TEMPRANO ont montré le bénéfice de traitement encore plus précoce). Pour mémoire, il s’agit du désormais célèbre essai clinique ayant permis de déterminer une réduction de risque de transmission au partenaire de 96% lorsqu’un traitement précoce était instauré, par comparaison à un traitement plus tardif selon les recommandations propres à chaque pays particpant. Les données long-terme – 10.031 personnes-années pour les participants et 8.509 personnes-années pour les partenaires – vient conforter les résultats du court terme : on ne dénombre in fine que trois contaminations liées au partenaire dans le groupe traitement précoce, contre 43 dans le groupe tardif, et celles-ci ne surviennent jamais quand la charge virale reste indétectable (que ce soit dans le groupe traitement précoce ou tardif). Le taux de protection du traitement précoce est donc rapporté à 93%, mais on peut aussi affirmer qu’en cas de charge virale durablement indétectable, il n’y a pas de de transmission observée.

L’ONUSIDA a également profité de la couverture médiatique de la conférence pour publier son rapport sur le « fossé de la prévention » (Prevention gap report) alertant sur les tendances épidémiques de 2016 : au cours des 5 dernières années, l’incidence du VIH a augmenté de 57% dans les pays d’Europe de l’Est et d’Asie centrale ; plus inquiétant peut-être, l’incidence du VIH, qui avait baissé de façon constante au cours des dernières années dans les Caraïbes, a de nouveau augmenté de 9% au cours de ces mêmes années. Aujourd’hui, seulement 57% des séropositifs connaissent leur statut sérologique, et 47% reçoivent un traitement : in fine, seulement 38% des séropositifs ont une charge virale indétectable sous traitement, ce qui explique que l’on ne voit pas encore de façon claire les bénéfices du traitement comme prévention. Mais il y a beaucoup plus dans les 286 pages du rapport (in english, of course…).

Plénière d’ouverture

Perturbée par quelques soucis techniques (plus de sons pour la responsable locale de la conférence, gros Larsen et disparition de Desmond Tutu au milieu de la vidéo de sa prière pour un monde meilleur…technique et divinité ne font pas bon ménage), mais animée par des groupes musicaux punchy et engagés, la cérémonie d’ouverture avait lieu à la date anniversaire de la naissance de Nelson Mandela, ce qui lui donnait une teinte particulière.

Il faut toujours un peu de Bling Bling dans une conférence sur le Sida ; Angelina Jolie, Madona sont souvent suivies par les caméras lors de leur voyages en Afrique… cette fois-ci c’est à l’actrice Sud-Africaine Charlize Theron de faire l’ouverture de la conférence via sa fondation Charlize Theron Africa Outreach Project. On peut la penser un peu plus sincère et engagée que les précédemment citées… Dans un discours très politiquement incorrect, elle a rendu hommage à la communauté et aux soignants qui s’investissent, tout en disant sa déception que tous les outils de la lutte étant disponibles, on n’ait pas fait plus de progrès dans la lutte contre le VIH, qui a fait 180 000 morts l’an dernier en Afrique du Sud. Elle explique par le « deux poids, deux mesures qui sévit à de multiples niveaux dans la société d’Afrique du Sud, où toutes les vies n’ont pas la même valeur : les blancs valent plus que les noirs, les adultes plus que les ados, les hommes plus que les femmes, les hétéros plus que les homos, les riches plus que les pauvres… Le VIH n’est pas transmis uniquement par le sexe, mais par le sexisme, le racisme, l’ostracisme confluera-t-elle !

Le discours d’Olive Shisana, première femme à codiriger la conférence mondiale contre le Sida (Evidence Based Solutions, South Africa) était plus conventionnel et a un peu enfoncé les portes ouvertes… mais elle a à plusieurs reprises interpellé les contributeurs au Fonds Mondial afin qu’ils améliorent leur contribution (NDR : on rappelle que la France, 2nd contributeur du fonds mondial s’est récemment enorgueilli d’avoir maintenu son engagement à son niveau antérieur alors qu’une augmentation, même symbolique, aurait été bienvenue compte-tenu du manque évalué pour les années à venir). C. Beyrer (Johns Hopkins University, United States, co-président de la conférence) a rappelé que l’Afrique du Sud avait tout de même le 1er programme mondial de mise sous traitement (3,4 millions de personnes). Que cette conférence avait fait d’importants efforts pour faciliter la venue de laissés pour compte (NDR : 1 300 bourses ont été attribuées, je comprends mieux pourquoi on a payé des droits d’inscription de plus de 1000 $ !). Et que pour la première fois dans l’histoire de la conférence, plus de 500 des premiers auteurs des présentations étaient des femmes.
En 2000, la « 1ère déclaration de Durban » avait simplement insisté sur le fait que la cause du Sida étant bien le VIH (NDR : le président sud-africain de l’époque, Thabo Mbeki, en doutait fortement). La seconde déclaration de Durban en 2016 insiste sur la question de la stigmatisation et des populations vulnérables, car de ce côté, les progrès ont manqué dans beaucoup de pays.
Et d’ailleurs comme à son habitude, la déclaration vidéo de Desmund Tutu était pleine d’humour, commençant par un remerciement d’avoir invité un vieux, et infirme qui plus est, à parler devant une audience de jeunes… il a remercié tout ceux qui nageaient contre le courant de la pauvreté, de la discrimination et de l’exclusion, qui s’occupaient des homos, des prisonniers, des travailleurs du sexe. Il a particulièrement loué le travail communautaire et la solidarité qui avait émergé autour de la lutte contre le VIH. Le prix « Elizabeth Taylor Human Rights Award » a été remis à Martha Thonalanah (Zimbabwe), activiste sociale, femme engagée depuis longtemps dans la lutte contre les discriminations et notamment la stérilisation forcée des femmes infectées par le VIH. Elle a, dans un très bref discours de remerciement, invectivé les gouvernements qui harcèlent les activistes (et nommément le Zimbabwe et l’Inde).
La représentante des activistes de la conférence, N. Mavasa (Treatment Action Campaign, South Africa) a rappelé que les états africains n’avaient en aucune mesure tenue les promesses du début des années 2000 (déclaration d’Abuja) de consacrer 15% de leur budget à la santé, et notamment à la lutte contre le VIH. Elle a souligné la difficulté d’être séropositif en milieu rural, le coût des transports, le fait décourageant d’arriver après un long périple dans une pharmacie en rupture de stock… Elle a insisté sur la situation dramatique des soignants et l’impossibilité d’avancer dans des systèmes de santé aussi faibles, avec comme ennemies la corruption et la complaisance. De façon très pointue, elle a souligné qu’une maladie aussi facile à soigner que la tuberculose – en comparaison au VIH – faisant encore des centaines de milliers de morts. « Quand ta maison est en flamme et que ta famille est dedans, tu ne te contentes pas d’implorer et de mendier, tu dois crier très fort pour alerter », a-t-elle conclu… on est encore loin de la fin du Sida… Un autre militant a souligné que la conférence serait un échec si elle n’aboutissait pas à l’obtention des fonds nécessaires (26 milliards de $ en 2020) à financer l’intégralité des programmes devant aboutir au succès des objectifs 90-90-90 de l’OMS.
S. Letsike, (South African National AIDS Council, South Africa), dans un discours un peu interminable, a rappelé que de très nombreux pays criminalisaient encore les relations entre personnes de même sexe, ce qui était un déterminant de l’épidémie, que les jeunes femmes étaient encore le cœur de l’épidémie en Afrique australe et de l’Est, et s’est félicité des campagnes d’information en cours en Afrique du Sud, qui ciblent les jeunes femmes et essaient de remédier aux relations « commercialisées » avec des hommes plus âgés. Il a rappelé l’importance d’être vigilant concernant les accords commerciaux en cours de signature et de leurs effets potentiellement délétères sur l’accès élargi au traitement.
Enfin Michel Sidibe, (ONUSIDA) a largement remercié les Sud africains pour leur engagement exemplaire dans la lutte cotre le Sida, et la synergie entre scientifiques, activistes, leaders politiques (NDR : pas tous, et très tardivement pour certains…) qui a permis d’en arriver là. Mais peu de pays avancent de cette façon. Mais la complaisance est la nouvelle conspiration contre laquelle il faut lutter, il ne faut pas rester assis à regarder le train passer ! Un million de travailleurs communautaires doivent être formés en Afrique d’ici 2020 si on veut arriver à quelque chose… 25% des femmes des pays d’Afrique Australe et de l’Est seront séropositives avant 25 ans si on se contente de continuer sur la même ligne, et les femmes doivent pouvoir disposer de moyens de prévention ne dépendant de la volonté des hommes. Il a appelé les gouvernements à ouvrir la porte aux acteurs communautaires et aux activistes, même si cela était inconfortable pour eux. On considère souvent les populations clés comme difficile à atteindre, mais fait-on vraiment beaucoup d’efforts pour les atteindre ?


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